
Le projet de P-40E AK803 qui est arrivé chez ARCo le 7 septembre à Duxford, vu ici à Duxford le week-end dernier ( Photo © John Sanderson pour LEB )
S’il est un chasseur de la Seconde Guerre mondiale dont l’actualité demeure particulièrement riche, c’est bien le Curtiss P-40, connu sous le nom Warhawk ou de Kittyhawk au sein des forces du Commonwealth. Restaurations, remises en vol et transactions se succèdent, confirmant l’intérêt toujours soutenu des collectionneurs et opérateurs de warbirds pour cet emblématique appareil. Longtemps considéré comme le « warbird du pauvre » en raison de sa valeur marchande inférieure à celle de ses contemporains plus prestigieux, le P-40 prouve aujourd’hui qu’il reste l’un des chasseurs historiques les plus recherchés du marché.
L’Aircraft Restoration Company (ARCo), dirigée par John Romain à Duxford, a récemment accueilli un projet de restauration particulièrement remarquable : le Curtiss P-40E Kittyhawk Mk Ia, portant le serial RCAF n°1034 (ex-AK803, numéro de constructeur 15184), arrivé des États-Unis et qui appartenait jusqu’à récemment à Paul Wood.
Déjà évoqué dans les colonnes de L’Écharpe Blanche, cet appareil figure parmi les survivants les plus authentiques de sa catégorie. Jamais remis en vol sur le registre civil depuis sa réforme militaire, il présente une cellule d’origine qui n’a jamais subi de destruction majeure. Son fuselage est celui construit par Curtiss et ses ailes, provenant d’un autre appareil, sont également d’époque.
Construit pour la Royal Air Force avant d’être réaffecté à la Royal Canadian Air Force à l’automne 1941, le n°1034 a servi à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, puis a participé au convoyage du 118 Squadron vers Annette Island, en Alaska. Réformé en 1946, il fut acquis pour seulement 50 dollars par George Maude, qui le conserva pendant plusieurs décennies sur Salt Spring Island, en Colombie-Britannique.
Longtemps considéré comme une véritable capsule temporelle, l’avion totalisait seulement quelques heures de vol. L’ambition est désormais de le remettre en état de vol afin qu’il rejoigne, dans les années à venir, la prestigieuse flotte exploitée par ARCo.
Toujours à Duxford, le Curtiss P-40C 41-13357 G-CIIO de The Fighter Collection a connu un incident sans gravité le 28 août dernier. Alors qu’il effectuait un vol de contrôle, une panne moteur a contraint son pilote, Pete Kynsey, à réaliser un atterrissage forcé train rentré dans un champ près de Royston. La manœuvre, menée avec maestria, s’est déroulée à la perfection : le pilote est sorti indemne de l’appareil et les dommages constatés sur le P-40 sont restés extrêmement limités.
En Nouvelle-Zélande, le projet de Curtiss P-40E 41-36018 connu sous le nom de « White 25 » est désormais disponible à la vente. Destiné à l’origine à la Dutch Warbird Foundation, ce projet repose sur une cellule récupérée en Russie qui est depuis plusieurs années entre les mains de Pioneer Aero à Ardmore.
Toujours à Ardmore, Pioneer Aero reconstruit le Curtiss P-40N-1 de Brett Nicholls. Sorti d’usine à Buffalo dans l’état de New York en mai 1943 sous le numéro USAAF 42-104751, ce P-40 est l’un des 400 exemplaires du bloc N-1 — les derniers P-40 à garder la verrière et le cockpit de type ancien. C’est le troisième appareil de ce modèle reconstruit par Pioneer.
Livré à la RNZAF en juillet 1943 et essayé en vol le mois suivant, il reçoit le serial NZ3147. Début 1944, il sert aux Îles Salomon avec les n° 14, 16 et 19 Squadrons, notamment depuis Guadalcanal. Rapatrié ensuite en Nouvelle-Zélande, il passe par les unités d’entraînement et l’école de tir de Gisborne.
Le 20 juin 1944, pendant un exercice caméra-mitrailleuse, le Flying Officer Roderick McKenzie, aux commandes de NZ3147, laisse le solénoïde des armes en position « on ». Quatre obus réels touchent le P-40 NZ3142 du Squadron Leader Robert Maxwell McKay. L’hydraulique cède ; et McKay pose alors l’avion sur le ventre à Gisborne, indemne. Le NZ3147 portera ensuite un petit drapeau néo-zélandais : la seule « victoire » air-air enregistrée au-dessus du ciel du pays.
Après-guerre, l’appareil prend le chemin de la décharge de Rukuhia, près d’Hamilton, en Nouvelle-Zélande. Les restes de l’épave y demeurent avant d’être récupérés puis conservés durant de nombreuses années par le collectionneur Charles Darby. Le projet rejoint ensuite les ateliers de Pioneer Aero et appartient depuis 2019 à Brett Nicholls. La restauration réemploie des pièces d’autres Kittyhawk de la RNZAF — notamment le gouvernail et un empennage de la collection de John Smith — l’Allison V-1710-81 est lui aussi d’origine néo-zélandaise. La livrée prévue est celle de janvier 1944 à Guadalcanal, avec le drapeau de la « victoire » en clin d’oeil à l’incident du 20 juin 1944.

Le Curtiss P-40N-5 42-104986 / VH-PFO est à vendre en Australie ( Photo Gavin Conroy via Platinum Fighter Sales )
En Australie, le courtier américain Platinum Fighter Sales propose à la vente le Curtiss P-40N-5 42-104986 portant l’immatriculation VH-PFO. Cet appareil, a combattu sous les couleurs du célèbre 49th Fighter Group en Nouvelle-Guinée durant la Seconde Guerre mondiale.
Restauré en Australie, il présente aujourd’hui une configuration particulièrement rare avec deux places et doubles commandes. Une caractéristique qui en ferait un excellent candidat pour les vols de découverte ou les expériences passagers sur le marché européen des warbirds (avis aux amateurs !).
Aux États-Unis, le Mid-America Flight Museum de Mount Pleasant, au Texas, a décidé de se séparer de son célèbre P-40K 42-10256, davantage connu sous le surnom d’Aleutian Tiger.

Le Curtiss P-40K 42-10256 N401WH en vol il y a quelques années est à vendre ( Photo © Damien Defever pour LEB )
Immatriculé N401WH, cet appareil a bénéficié il y a une vingtaine d’années d’une restauration de très haut niveau réalisée par l’équipe de Ron Fagen et son atelier de restauration, Warhawks Inc. La qualité du travail lui avait notamment permis de décrocher le titre de Grand Champion Warbird lors de l’édition 2006 d’Oshkosh.
Considéré comme l’un des plus beaux P-40 en état de vol au monde, il est désormais proposé à la vente après l’acquisition par le musée du TP-40N 42-104977 « American Dream » biplace.
A Granite Falls, Fagen Fighters Restoration a repris les travaux sur leur projet de Curtiss P-40E après avoir mené à bien les restaurations des Curtiss SB2C Helldiver et du P-51D Mustang Jane VI.
L’histoire de ce P-40 est particulièrement marquante: construit sous le matricule AL138 comme Kittyhawk Mk I, il est livré au Canada où il reçoit l’immatriculation RCAF 1079 et le code tactique LZ-G. L’appareil sert alors au sein du 111 (F) Squadron de l’Aviation royale canadienne.
Le 16 juillet 1942, alors qu’il effectue un convoyage entre Cold Bay et Umnak dans le cadre du renforcement des forces alliées déployées dans les Aléoutiennes, l’avion disparaît dans l’épais brouillard qui enveloppe l’île d’Unalaska. Six autres P-40 de la même formation sont également perdus lors de cette mission. Son pilote, le Flight Sergeant Frank Robert Lennon, est tué dans l’accident, tandis que quatre autres aviateurs canadiens disparaissent au cours de cette journée tragique, demeurée comme l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire du 111 Squadron..
Les restes du AL138 demeurent oubliés pendant plusieurs décennies avant d’être récupérés par Ken Hake à Tipton, dans le Kansas. Par la suite, ils rejoignent les ateliers de Ron Fagen, où un ambitieux programme de reconstruction est entrepris. Les travaux avaient déjà permis l’achèvement complet des ailes avant une interruption du projet. Désormais, la restauration progresse à nouveau avec la reprise de la reconstruction du fuselage.

Le Curtiss P-40E 41-5520 vu ici lors de ses essais de roulage ( Capture vidéo Facebook de Ronald S Thomas )
Le Curtiss P-40E 41-5520/N5520R, qui a servi en Australie sous l’immatriculation A29-34 et arborait le nose art « Tojo’s Jinx », a retrouvé le chemin des airs le 4 septembre à Colorado Springs, avec John Kirpa aux commandes. Ce premier vol intervient au terme d’une longue restauration menée par les équipes de WestPac Restorations. L’appareil appartient au collectionneur américain Lynn Koenig.
L’histoire de ce Kittyhawk remonte aux premiers mois de la guerre du Pacifique. Accepté par l’USAAF le 8 décembre 1941, l’avion fait partie d’un lot initialement destiné à l’Union soviétique dans le cadre du programme Lend-Lease. Les événements qui suivent l’attaque de Pearl Harbor conduisent toutefois à sa réaffectation vers l’Australie. Embarqué à bord du SS Mormac Star, il arrive à Geelong le 22 février 1942.
Pris en compte par le 76 Squadron de la RAAF le 24 mars suivant, il reçoit le code individuel B ainsi que son célèbre surnom, « Tojo’s Jinx ». Après un bref passage au 75 Squadron, il retrouve le 76 Squadron et participe aux opérations en Nouvelle-Guinée. Le 3 juin 1942, il survit à une sortie de piste à Townsville sans blessure pour son pilote, le sergent William Martin Booth.
Quelques mois plus tard, l’appareil combat dans le secteur de Milne Bay, notamment sous les commandes du Flight Lieutenant Clive Newton Wawn et du Flying Officer I. Crossing. Comme beaucoup de Kittyhawk engagés dans le Pacifique, sa carrière opérationnelle se révèle particulièrement éprouvante. Le 7 février 1943, une collision à l’atterrissage sur la piste de Hughes Strip provoque de lourds dégâts et blesse grièvement le Flying Officer John Derek Rumbold. Réparé, l’avion poursuit néanmoins sa carrière avant de rejoindre le No 2 Operational Training Unit de Mildura.
Sa fin de carrière intervient le 8 novembre 1944, lorsqu’il effectue un atterrissage forcé à Karawinna North, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Mildura. La radiation est officiellement approuvée le 17 novembre de la même année et la cellule est condamnée.
De l’avion d’origine, il ne subsistait plus suffisamment d’éléments pour envisager une restauration classique. Le P-40 qui vient de revoler est donc avant tout le fruit d’une reconstruction de grande ampleur réalisée ces dernières années autour de l’identité historique du 41-5520. Le projet est arrivé chez WestPac au début de l’année 2025 et avait effectué ses premiers essais de roulage au printemps 2026.
Reste désormais à définir son apparence définitive. Lynn Koenig n’a pas encore arrêté son choix de décoration. Nombreux sont cependant les passionnés qui espèrent voir l’appareil retrouver la livrée qui a fait sa renommée : celle du 76 Squadron à Milne Bay, avec son code B et le nom « Tojo’s Jinx » porté sur le flanc du fuselage.
Pour terminer ce tour d’horizon, Bill Klaers reconstruit le Curtiss P-40N-5-CU 42-105744, baptisé Flo II, codé Jaune 63 chez WestPac Restorations, à Colorado Springs, dans l’atelier attenant au National Museum of World War II Aviation.

Le Curtiss P-40N-5-CU 42-105744, baptisé Flo II lorsqu’il servait dans le Pacifique en 1944. (Illustration courtoisie Platinum Fighter Sales).
Sorti des chaînes de Buffalo en 1943, l’appareil rejoint le 8th Fighter Squadron « Black Sheep » du 49th Fighter Group de la 5th Air Force. En Nouvelle-Guinée, le lieutenant — bientôt major — Charles A. Peterson y inscrit au moins deux victoires au printemps 1944, avant de prendre le commandement de l’escadrille le 22 mai. Une photographie d’époque le montre au parking : code 63 jaune et Flo II sur le capot, queue blanche, jante à motif soleil levant.
Condamné après son accident, le Kittyhawk rejoint la triste cohorte des appareils sacrifiés à la fin de la campagne. À Finschhafen, il est poussé dans une fosse puis enterré, avec l’idée qu’il ne revolera jamais.
Cinquante ans plus tard, l’histoire prend un tournant inattendu. Des chercheurs australiens exhument les restes de l’épave, découvrant notamment une aile remarquablement préservée dont le bord d’attaque jaune était encore visible. La reconstruction de l’appareil débute alors à Melbourne vers 2000. Parmi les souvenirs remontés du passé figurait même un montant de verrière portant toujours le nom d’un pilote.
Après avoir changé de mains en 2023, le projet poursuit aujourd’hui sa métamorphose chez Klaers Aviation, où il est converti en TP-40N biplace, une configuration rare qui devrait lui offrir une nouvelle vie dans le monde des warbirds.












