
Le NA-64 Yale 3349/G-BYNF à son arrivée à Tour-Sorigny le 28 février ( Photo © Damien Defever pour LEB )
Le 28 février dernier, le NA-64 Yale 3349/G-BYNF a été convoyé par les airs depuis Duxford pour rejoindre l’aérodrome de Tours-Sorigny, où il sera exploité par la société Early Aviators d’Antoine Ros.
En 1939, la France cherche activement à compléter sa flotte d’avions d’entraînement pour pallier son retard face à la montée des tensions en Europe. Elle passe ainsi commande auprès de la société North American Aviation de 230 NA-64, dont 200 pour l’Armée de l’Air et 30 pour la Marine. La capitulation de la France, le 22 juin 1940, met fin aux livraisons. Les caisses contenant des appareils en cours de convoyage par bateau sont détournées vers Saint-Pierre-et-Miquelon, puis réacheminées vers le Canada. Sur les 111 machines livrées à la France, 43 sont utilisées par l’Armée de l’Air vichyste. Le reste des aéronefs est capturé par la Luftwaffe, qui les emploie dans 24 unités différentes pour des missions de formation et de liaison.
- Photo © Damien Defever pour LEB
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Le solde des 119 Yale est acquis par le Commonwealth et intégré dans le plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (British Commonwealth Air Training Plan (BCATP)). Lorsque son successeur, le Harvard, plus performant, devient disponible en quantité suffisante, les Yale sont affectés à la formation des opérateurs radio. Pour ce rôle, le cockpit arrière est entièrement vidé et équipé de dispositifs radio identiques à ceux utilisés dans les chasseurs et bombardiers en service. Ces avions se distinguent alors en vol par leur attitude nez relevé, due au poids considérable des équipements radio. Ce surpoids sollicite fortement les moteurs, entraînant des besoins plus fréquents de maintenance.
Le NA-64 Yale est une évolution du NA-57, déjà présent dans les forces françaises. De construction entièrement métallique, il bénéficie d’une motorisation améliorée, passant de 400 à 450 chevaux grâce à l’installation d’un moteur Wright R-975. La partie arrière de l’appareil a été modifiée, avec une dérive droite positionnée plus en retrait afin de compenser les effets du nouveau moteur. L’avion est équipé d’une aile droite. Commandé spécifiquement par la France, le Yale dispose d’une instrumentation de bord en français.
Le 3349, portant le numéro de série 64-2171, sort des usines North American Aviation de Dallas le 17 mai 1940. Il est rapidement intégré à l’Aviation Royale du Canada, au sein de la 1ère École de pilotage militaire à Borden, en Ontario, où il est utilisé jusqu’en avril 1946. En septembre de la même année, Ernest Simmonds acquiert une trentaine de NA-64, dont le 3349, lors d’une vente de surplus canadien. Ces avions sont stockés en Ontario jusqu’au décès de Simmonds en 1970.
Revendu aux enchères cette même année, le 3349 reste en stockage jusqu’à ce qu’il soit restauré en Floride par Tom Reilly, un restaurateur talentueux à l’origine d’une série impressionnante de projets de warbirds. Reilly a notamment remis en vol dix B-25, trois B-17, un B-24, un P-40, un Corsair, neuf T-6 et un rare XP-82 Twin Mustang. Le 3349 reprend son envol le 3 août 1980 après restauration.
Le Yale participe alors à de nombreuses manifestations aux États-Unis, arborant des couleurs américaines fictives, avant d’être vendu et expédié en Hollande en 1989. L’avion vole ensuite pendant 10 ans sous les cieux européens. En mars 1999, il est convoyé à Duxford pour des travaux d’inspection en vue de son immatriculation au registre britannique.
De 2000 à 2006, il bénéficie d’une restauration complète par l’Aircraft Restoration Company de John Romain. Le Yale est ensuite utilisé pour réaliser des baptêmes de l’air depuis le terrain historique de Duxford.
Le Yale 3349 arrive donc en France avec 85 ans de retard par rapport à sa date de livraison initialement prévie. Il est en cours d’inscription au registre français et sera disponible pour la saison des meetings.
Il reste une dizaine de Yale en état de vol dans le monde et le 3349 est l’unique exemplaire à voler en Europe. À noter que le Yale 3450 est également en cours de restauration par l’association MAPICA à La Baule.
L’Écharpe Blanche tient vivement à remercier Antoine Ros pour sa disponibilité et sa collaboration à la réalisation de ce reportage.











2 Commentaires
Il aura fallu être patient pour voir voler un Yale en France , j’espère qu’il sera remis aux couleurs Françaises …
Enfin livré en France… Mieux vaut tard que jamais ! Un magnifique oiseau que l’on espère voir souvent en meeting, je l’espère. Va-t-il conserver cette livrée ou adopter une version française, celle qu’il aurait dû porter lors de sa livraison, il y a bien longtemps ?