
Le F4U-5N BuNo124724 / F-AZEG a quitté la Ferté-Alais le 3 juillet ( Photo © Jean-Pierre Touzeau pour LEB )
C’est avec une certaine émotion qu’une page importante de l’histoire de La Ferté-Alais s’est tournée le 3 juillet. Ce jour-là, le Chance-Vought F4U-5N Corsair F-AZEG (BuNo 124724) a quitté son terrain d’attache, convoyé par Baptiste Salis, mettant fin à près de quarante années de présence continue sur ce terrain. Acquis par Jean Salis en 1986, cet appareil était devenu au fil du temps l’un des symboles les plus emblématiques de La Ferté-Alais.
Nombreux étaient les passionnés venus assister à ce dernier envol. Appareils photo en main et avec émotion, ils ont admiré une ultime fois ce Corsair dont le grondement caractéristique du moteur Pratt & Whitney faisait depuis des décennies partie du paysage sonore du plateau. Pour beaucoup, le F-AZEG incarnait à lui seul l’esprit de La Ferté.
Construit en 1951, ce Corsair possède une histoire remarquable : livré à l’US Navy, il sert au sein de l’escadrille VC-3 comme chasseur de nuit avant de participer à la guerre de Corée à bord de l’USS Valley Forge, puis de l’USS Boxer. Après son retrait du service américain en 1956 et une période de stockage, il est transféré à la Force aérienne du Honduras, où il porte l’immatriculation FAH600 et participe notamment à la Guerre du Football en 1969.
Revendu sur le marché civil à partir de 1979, il passe entre plusieurs propriétaires américains avant d’être acquis par Jean Salis. Après sa traversée de l’Atlantique par bateau, il rejoint définitivement La Ferté-Alais.

Le F4U-5N BuNo124724 / F-AZEG vu peu de temps après son arrivée en France ( Photo © Jean-Pierre Touzeau pour LEB )
Arrêté de vol en 2007, il est remis en vol en 2018 à l’issue d’une restauration minutieuse menée par les bénévoles des Casques de Cuir et s’impose de nouveau rapidement comme l’une des vedettes des meetings aériens français dans ses nouvelles couleurs..

Le F4U-5N BuNo124724 / F-AZEG vu ici lors de sa restauration en 2009 ( Photo © Jean-Pierre Touzeau pour LEB )
Désormais vendu à un collectionneur français, l’avion a rejoint Villeneuve-sur-Lot dans un premier temps. Benjamin Pellegry, qui dirige la société Prop & Jet Aviation, assure désormais sa maintenance. L’Echarpe Blanche a pu s’entretenir avec lui :
Le nouveau propriétaire et son père partagent une même passion pour l’aviation historique. L’acquisition de ce Corsair revêt une dimension particulière car le grand-père du nouveau propriétaire, qui a servi dans la Marine nationale, a souhaité rendre hommage à son parcours à travers cet appareil légendaire.
Une importante révision est programmée dans les prochains semaines: le moteur Pratt & Whitney R-2800 CB-16, en excellent état, fera l’objet d’un contrôle complet. Il est également prévu que le Corsair adopte une nouvelle livrée inspirée des AU-1/F4U-7 de l’Aéronavale française, en hommage aux unités de la Marine Nationale des années 1950. Aucun marquage de flottille précis ne sera reproduit, mais l’esprit de l’aviation navale française sera pleinement respecté.
L’équipe de restauration est également en contact avec la société allemande Meier Motors pour récupérer certains éléments provenant de l’ancien F4U-5 Corsair F-AZYS, notamment les capots moteur de la version spécifique de la version -7, longtemps basé au Castellet puis Avignon et qui depuis revole dans sa configuration originale.
Si les travaux se déroulent comme prévu, le Corsair devrait retrouver le circuit des meetings au cours du dernier trimestre 2026.
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Le Corsair sera ensuite basé à Agen et mis en oeuvre par l’association les Ailes Anciennes Villeneuvoises.
On compte aujourd’hui en Europe trois Corsair en état de vol et au total 30 exemplaires dans le monde.

Le F4U-5N BuNo124724 / F-AZEG dans le hangar de Prop & Jet Aviation ( Photo © Prop & Jet Aviation pour LEB )
L’Echarpe Blanche tient à adresser ses sincères remerciements à Benjamin Pellegry pour sa disponibilité et son support dans la rédaction de cet article.








5 Commentaires
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Avion mythique de ma petite enfance, tout près de La Ferté-Alais, à l’époque où Les Têtes Brûlées passaient à la télévision à une heure de très grande écoute le week-end…
Je suis très triste de son départ. C’est un symbole aussi fort à La Ferté que le Blériot XI ou le Morane 230 !
Il reste en France, c’est déjà ça, dans une région à la forte culture aéronautique. Mais je suis encore plus triste qu’il perde ses couleurs chargées d’histoire et son numéro 22, qui sont ses couleurs historiques.
Plus triste encore, sa restauration l’avait fastidieusement remis exactement dans sa configuration réelle de son temps de service. Cette configuration va désormais être modifiée au profit d’une version bricolée et d’une décoration anonyme.
C’est un peu comme si les Anglais redécoraient le Spitfire Mk IX ML407 aux couleurs américaines, alors qu’il porte depuis toujours ses propres couleurs, celles qu’il arborait lors de sa première victoire aérienne homologuée, le matin du 6 juin 1944, jour du Débarquement. Même après sa transformation en biplace, c’est toujours lui.
Mais il sera beau sous les couleurs françaises, notre Corsair national !
Félicitations à son nouveau propriétaire.
On peut avoir de l’argent mais pas de goût…
Super, enfin rassuré qu’il reste en Europe, et de plus en France. Un de mes avions favoris dans le cercle des warbirds…
J’en possède un également… en plus petit, bien sûr, et je le fais voler dans le domaine du modélisme grands modèles. Il affiche une envergure de 2,30 m et est équipé d’une motorisation de 55 cc.
Clap de fin pour une belle histoire à la Ferté qui avait failli mal commencer… Lors de la première participation du Corsair au meeting de la Ferté-Alais, comme tous les ans, les bénévoles du musée de Bruxelles participaient activement au meeting. Ayant reçu une formation de base par les pompiers de Paris sur place le meeting précédent, j’étais piquet incendie cette année-là. Pierre Dague, qui le pilotait, l’a présenté avec de nombreux passages avec de la fumée blanche pour mettre en valeur sa présentation. De retour au parking avion, au moment où il a coupé le moteur, le feu s’est déclaré dans le pot d’échappement avec de grandes et longues flammes. Selon les instructions reçues des pompiers, j’ai fait signe de la main à Pierre de continuer à faire tourner le moteur au démarreur pour avaler les flammes, et j’ai éteint le feu avec mon extincteur. Ouf, pas de dégât… c’était le robinet du système d’injection d’huile dans le pot d’échappement qui ne fermait plus. Le soir même, tout cet équipement a été démonté définitivement. Jean Salis et Pierre Dague m’ont remercié et Pierre m’a offert un vol dans son Pilatus P-2 aux couleurs allemandes. Un souvenir inoubliable. J’ai contribué modestement à sauver ce merveilleux avion. Cela m’a permis de créer une longue amitié avec Pierre et Bebel, le mécano en charge du Corsair à l’époque….
Je suis du même avis que des commentaires plus haut. Cet avion possède un vrai historique. Lui enlever sa livrée originelle c’est un peu lui voler son identité. Qu’il retrouve vite ses vraies couleurs. Si on veut un F4U-7 français, alors un collectionneur n’a qu’a en racheter un, un vrai.