Projet Spitfire : la Belgique veut faire revivre un Mk XIV de la 350ème Escadrille

Le Spitfire Mk XIV RM747 dans son état actuel ( Photo © Platinum Fighter Sales pour LEB )

Dans le cadre des commémorations du 80ème anniversaire de la Force Aérienne belge et du 85ème anniversaire de la création de la 350ème Escadrille, un projet à la fois ambitieux et hautement symbolique a vu le jour. Initié par le Colonel Aviateur Vincent Maniet, commandant de la base aérienne de Florennes, il vise à la restauration d’un authentique Spitfire Mk XIV.

L’appareil, acquis auprès de la collection canadienne Vintage Wings of Canada, présente une valeur historique exceptionnelle : il s’agit d’un Spitfire ayant réellement servi au sein de la célèbre unité belge de la Royal Air Force durant la Seconde Guerre mondiale.

Ce Spitfire Mk XIV, construit à l’usine de Chattis Hill avec le numéro de série RM747, est arrivé le 5 août 1944 en provenance du 322 (Dutch) Squadron, après y avoir servi pendant une période très brève.

Selon l’ORB du 350 (Belgian) Squadron, il a effectué sa première mission le 12 août 1944. Les documents du Squadron font état d’un total de 22 missions opérationnelles effectuées par l’appareil.

Le 1er septembre 1944, il a été endommagé par la chute d’un V‑1 sur le dispersal de RAF Hawkinge. Il a alors été envoyé vers un AST pour réparation, mais n’est jamais revenu au 350 Squadron par la suite.

Après sa réparation, l’appareil est versé au 451 Squadron (RAAF) en juin 1945. La correspondance entre l’ORB du 350 (Belgian) Squadron et les log books de certains pilotes permet de confirmer la lettre individuelle de l’avion : MN‑D.

Vendu après‑guerre à la Royal Thai Air Force, ce Spitfire Mk XIV a longtemps été identifié à tort comme étant le RM843. Cette confusion trouve son origine dans les cessions après guerre, durant lesquelles les appareils furent reconditionnés, repeints et renumérotés, parfois avec des cellules partiellement reconstruites ou composites.

Des travaux de recherche menés par le spécialiste reconnu Peter Arnold, fondés sur l’analyse des archives de maintenance, des documents de vente à Vickers‑Armstrong, ainsi que sur l’étude des éléments structurels et plaques constructeur, ont permis d’établir que l’appareil exporté en Thaïlande et ultérieurement récupéré est en réalité le Spitfire RM747, et non le RM843 comme supposé précédemment.

Rappelons que la 350ème Escadrille, créée en novembre 1941, fut la première escadrille de chasse belge libre et s’illustra sur Spitfire tout au long de la guerre, participant notamment à la couverture du débarquement, à la bataille de Normandie et aux opérations ultérieures.

Pour la Force Aérienne belge, le Spitfire n’est pas qu’un avion historique : c’est un véritable symbole fondateur. Dès 1946, il fut le premier chasseur mis en œuvre par la jeune Force Aérienne reconstituée après-guerre, perpétuant ainsi l’héritage des squadrons 349 et 350, les Spitfire IX et Mk XIV volant jusqu’en dans les années 50.

Le fuselage nécessitera un gros travail de reconstruction ( Photo © Platinum Fighter Sales pour LEB )

Contrairement à ses voisins européens qui ont depuis longtemps structuré la préservation de leur patrimoine aérien avec l’industrie et le public, la Belgique n’avait jusqu’ici pas lancé d’opération de cette envergure.

Le Projet Spitfire change la donne en fédérant autorités aéronautiques, experts en restauration, industriels belges et passionnés. Il s’agit d’une restauration lourde, complexe et coûteuse, qui vise non seulement à ramener cet avion au vol, mais aussi à honorer dignement la mémoire des nombreux aviateurs belges qui ont combattu dans la RAF.

Le projet s’inscrit pleinement dans les Belgian Air Force Days 2026, qui se tiendront les 27 et 28 juin 2026 sur la base de Florennes, base historique de la 350ème Escadrille, aujourd’hui base Jean-Offenberg.

Une vue stylisée de ce à quoi le Spitfire XIV RM747 pourrait ressembler d’ici quelques années ( via Projet Spitfire, image modifiée et non historique)

Les organisateurs ont opté pour une formule originale afin de lancer le financement du projet : lors de l’achat des billets pour les Belgian Air Force Days, chaque visiteur se verra proposer d’effectuer une contribution volontaire au Projet Spitfire. Un geste simple, qui permet à chacun de participer concrètement à la préservation de ce pan du patrimoine aéronautique belge.

Le site officiel du projet affiche clairement son ambition : faire du Projet Spitfire une véritable vitrine du savoir‑faire belge en matière de restauration aéronautique, tout en créant un lien fort entre la population, l’industrie et la Force Aérienne.

Il convient de noter qu’aujourd’hui, en parallèle de ce nouveau projet, un second projet de Spitfire Mk XIV numéro de série RM764, est également en cours de restauration chez FAST Aero.

Pour en savoir plus et soutenir le projet : Projet Spitfire – Belgian Air Force Days

Remerciements à Eric Dessouroux pour son aide apportée à la rédaction de cet article. 

3 Commentaires

  1. Merci, l’article le plus complet sur le sujet.

    • Marc Lecocq sur 8 avril 2026 à 9 h 16 min
    • Répondre

    Enfin une excellente nouvelle pour la Belgique. J’espère de tout cœur que l’équipe de Florennes pourra réunir les fonds nécessaires pour un tel projet d’envergure. Cela sera un bel hommage aux Belges qui ont refusé la capitulation de mai 1940 et qui sont partis combattre aux côtés des alliés pour libérer la Belgique et l’Europe de l’envahisseur.

  2. Ne pouvant assister aux BAFDays j’aurais apprécier participer sans acheter de ticket …

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