Hahnweide 2025: le grand retour !

Le Messerschmitt Bf 109E-4, la grande star d’Hahnweide 2025 ( Photo © Damien Defever pour LEB )

L’Oldtimer-Fliegertreffen est le grand rendez-vous des passionnés d’aviation ancienne sur le terrain d’Hahnweide, près de Stuttgart. Organisé par la Fliegergruppe Wolf-Hirth depuis 1981, le meeting fêtait sa 20ᵉ édition du 12 au 14 septembre 2025. Habituellement programmé tous les deux ou trois ans, il avait été interrompu depuis 2019. La pandémie, les contraintes budgétaires et le manque de bénévoles avaient repoussé son retour.

Cette longue pause n’a rien enlevé au charme du rassemblement. Les 600 mètres de piste en herbe, nichés dans un écrin de verdure, ont vu passer près de 400 appareils : du Blériot XI de Mikael Carlson au Me 262 de la fondation EADS.

Le FW 190A-8/M D-FWMV de Martin Volke n’a finalement fait qu’une brève apparition, en raison d’un problème de rentrée du train d’atterrissage qui a contraint son pilote, Klaus Plaza, à écourter sa présentation. Cette réplique du Focke-Wulf Fw 190, construite par la société Flugwerk, appartenait auparavant à Tom Blair, en Angleterre, mais n’a jamais pu voler sous registre britannique. À la suite de problèmes structurels au niveau des ailes, l’appareil a été remis en état par Meier Motors et a repris les airs avec une nouvelle livrée.

L’autre grand moment du week-end fut sans doute la présentation du Messerschmitt Bf 109E-4 par le pilote britannique Charlie Brown. La douce mélodie de son Daimler-Benz DB 601 a résonné dans la vallée. Ce Bf 109, aux couleurs de la JG 5, a été retrouvé en 1993 à Titovka, près de Mourmansk, où il s’était posé en catastrophe en janvier 1942 après un combat avec des Hawker Hurricane soviétiques.

Deux Lockheed Electra étaient également présents sur la plateforme. Parmi eux, le N1830 dispose d’un pedigree hors du commun. Dès sa sortie d’usine en 1937, il s’illustra en terminant 5ᵉ des Bendix Trophy Races. Passé ensuite à la Gilmore Oil Company, puis aux Forces aériennes françaises libres, il transporta Leclerc, Valin et de Gaulle pendant la guerre, et participa même à une mission de combat improvisée. Après-guerre, il servit pendant 27 ans comme avion d’affaires pour un aristocrate britannique. Il fut ensuite utilisé pendant deux ans par une compagnie française avant d’être retiré du service à Nice en 1974. Remis en état de vol en 2006 pour son 80ᵉ anniversaire, puis restauré jusqu’en 2019, il fait aujourd’hui partie de la collection Art Deco Aviation, qui avait également convoyé son Spartan Executive sur le terrain.

Parmi les curiosités présentes figurait le KZ IV du Dansk Flymuseum. Aménagé pour transporter deux brancards et deux membres d’équipage, ce petit bimoteur danois n’a été construit qu’à deux exemplaires. Entièrement en bois, il est propulsé par deux moteurs Gipsy Major X de 130 ch. En 1949, l’OY-DIZ fut baptisé « Folke Bernadotte » en hommage au comte suédois et négociateur de paix qui l’avait utilisé en 1945 comme avion de courrier diplomatique, dans le cadre des négociations pour la libération des prisonniers danois et norvégiens détenus dans les camps de concentration allemands. En 1964, il fut ensuite employé pour des missions de cartographie avant de rejoindre le musée en 1979.

Venus tous deux de Lausanne, le MS-317 de l’association Morane 317 et le Dewoitine D.26 de l’AMPA ont réalisé une démonstration en patrouille serrée. Ce dernier est le seul exemplaire en état de vol dans le monde. Construit à 11 exemplaires pour l’entraînement des pilotes de chasse suisses, le Dewoitine D.26 est une version à moteur en étoile du D.27, plus facile à piloter grâce à son Wright R-975 Whirlwind. Après avoir tracté les planeurs de l’Aéro-Club de Suisse jusque dans les années 1960, cet appareil fut sauvé de la ferraille par Éric Isaac et restauré. Cloué au sol en 2005 pour préserver son moteur, il a été entièrement remis en état et a repris l’air en 2014.

La collection Flying Legends de Georges Raab était également au grand complet, avec le Corsair F4U-5 Devotion, le P-51D France Dell et le magnifique Spitfire Mk IX MH415.

Autre rareté dans les meetings : le CA-18 Mustang N51AB. Construit en 1947 par la CAC (sous le numéro A68-100), ce Mustang servit dans la RAAF jusqu’en 1958 avant de passer entre plusieurs propriétaires civils en Australie puis aux États-Unis, où il vola sous les noms Miss Escort puis Flying Dutchman. Troisième de la catégorie Bronze à Reno en 2002, il vole en Allemagne depuis 2015.

Le CA-18 Mustang N51AB ( Photo © Damien Defever pour LEB )

La collection Red Bull avait fait le déplacement à Hahnweide avec un plateau impressionnant : Lightning, Mustang et Corsair se sont succédés en vol, offrant un spectacle à la hauteur de leur réputation. L’ancien T-6 du regretté Walter Eichhorn, désormais aux couleurs de la marque au taureau ailé, a rendu un vibrant hommage à son ancien propriétaire, disparu en mai dernier.

La Fondation Messerschmitt n’était pas en reste, présentant une patrouille rare composée d’une réplique de Me 262 et d’un Hispano HA-200 Saeta, l’une des dernières créations de Willy Messerschmitt. Le Bf 108 de la fondation venait compléter la paire de Taifun déjà présente.

Les trois jours de meeting ont également été ponctués par les vols d’un trio de Junkers F 13 proposant des baptêmes de l’air. Sous l’impulsion de Dieter Morszeck, président de Rimowa, la société Junkers Flugzeugwerke AG a été créée en 2016 pour faire renaître le mythique Junkers F 13. Grâce au scan 3D d’un exemplaire conservé au Bourget, l’équipe a pu reconstruire fidèlement la structure en duralumin riveté de cet avion pionnier. Motorisée par un Pratt & Whitney R-985 de 450 ch, la réplique a effectué son premier vol à Dübendorf en septembre 2016.

Côté people, Mikael Manoussakis, de l’émission Mécano Express, attendu avec son DC-3, est finalement arrivé aux commandes de son Beech 18 modifié par Volpar, une machine plutôt rare sous nos latitudes.

Difficile de citer tous les appareils tant la quantité et la diversité impressionnaient. Bücker, Stearman, Piper ou Klemm remplissaient les parkings. Après six ans d’absence, l’édition 2025 a confirmé que Hahnweide reste l’un des grands rendez-vous européens de l’aviation ancienne.

5 Commentaires

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  1. Très beau meeting, où les avions sont magnifiquement mis en valeur par cet écrin de verdure.
    Le Bf 109E est superbe ! En le voyant, je ne peux m’empêcher de penser à nos pilotes de chasse de 1939-1940, qui ont dû l’affronter…
    Merci pour les photos !

  2. Merci, c’est un de mes rêves d’y aller. Ça se fera, c’est sûr !

    • Jérôme sur 20 septembre 2025 à 10 h 59 min
    • Répondre

    Assurément une pépite ce meeting ! Un cadre champêtre avec des avions de rêves … Un petit coin de paradis !
    Merci pour ce beau reportage et ces magnifiques photos, continuez à nous faire rêver : )))

    • Lecocq Marc sur 20 septembre 2025 à 23 h 45 min
    • Répondre

    Un Meeting à l’ancienne avec de nombreux avions rarement vu en meeting en Europe. A mettre dans son calendrier pour une prochaine participation.

    • Jean-Mi sur 22 septembre 2025 à 8 h 38 min
    • Répondre

    Merci pour ce beau reportage !
    Ce terrain que je connais est magnifique et très important pour la communauté planeur allemande et mondiale : Ici est le berceau de Shempp-Hirth et toujours ses usines, mais d’autre constructeurs de planeurs sont dans les environs. La culture aéronautique est énorme à Kirchheim Unter Teck, ville magnifique. Cet écrin de verdure dominé par le château de la Teck en haut de la colline est admirable et historique. Je suis heureux que ce meeting perdure !
    Le Minimoa que l’on voit passer à coté de la lune est basé sur ce terrain et est une pépite historique très importante et méconnue…. Le seul en état de vol il me semble…

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