
Le clou du spectacle était sans la doute la patrouille de deux Rafale, Caudron et Dassault ( Photo © Damien Defever pour LEB )
Un an après la difficile édition de 2025, le ciel de l’Essonne a retrouvé ses couleurs. Trente mille* passionnés ont fait le déplacement à Cerny les 23 et 24 mai pour cette 53ème édition. L’Amicale Jean-Baptiste Salis (AJBS) a misé sur un plateau renouvelé et largement inédit. Un pari réussi qui fait oublier les interrogations nées après l’édition 2025. Le retour en force du public, un plateau renouvelé avec des machines inédites et deux jours sous un tempête de ciel bleu ont signé le succès de cette édition.
L’après-midi a débuté par le largage de parachutistes depuis le Bronco du Musée Européen de l’Aviation de Chasse de Montélimar, avant que les Faucheurs de Marguerites n’ouvrent le bal des démonstrations avec le Blériot XI et le Morane H. La Grande Guerre a ensuite pris le relais avec les répliques d’un Fokker Dr. I et d’un SE.5 simulant un combat aérien. Le B.E.2f de l’association Memorial Flight basé à La Ferté-Alais a quant à lui effectué ses passages en solo. Reconstruit à partir des plans d’origine, il représente le n°2560 du 52 Squadron britannique, converti en bombardier de nuit en 1916.
L’invité mystère:
L’avion-surprise de cette édition était le Caudron C.460 Rafale. Cette réplique a été construite en 2008 aux États-Unis par la société AeroCraftsman à la demande du collectionneur Tom Wathen, avant d’être rachetée par Renault en 2023. L’appareil a ensuite rejoint les ateliers d’ARS à Dijon, où l’équipe de Bruno Ducreux l’a remonté et lui a apporté plusieurs améliorations, avant de le restituer à la collection Renault. Dévoilé à la presse dès le vendredi matin, il a effectué ses premiers vols devant le public. Aux commandes, Bruno Ducreux a réalisé plusieurs passages remarqués, dont un en formation avec le Rafale Solo Display qui restera certainement dans les mémoires. Les amateurs de la marque étaient par ailleurs gâtés puisque le C.460 n’était pas le seul Caudron du plateau. Le C.109 et la Luciole étaient également présents, rappelant les lignes pures qui ont fait la réputation de cette grande maison de l’aviation française.
Patrouille de Nord:
Une patrouille d’appareils issus des usines de Nord Aviation était présente sur le plateau. Le Nord 1101 Noralpha, version française du Messerschmitt Me 208 produite à 205 exemplaires pour l’Armée de l’Air et l’Aéronavale, côtoyait le Nord 3202, avion d’entraînement de base de l’ALAT construit à 101 exemplaires en remplacement du Stampe SV.4, et le Nord 3400 Norbarbe, biplace d’observation et d’évacuation sanitaire qui servit notamment en Algérie et jusqu’en Allemagne de l’Ouest. Trois appareils discrets dans l’histoire de l’aviation française, mais qui incarnent à eux seuls deux décennies de l’aéronautique militaire nationale.
La Seconde Guerre mondiale:
Vedette absente l’an passé, le Messerschmitt Bf 109E-4, piloté par le pilote britannique Charlie Brown, a pu faire vrombir son moteur Daimler-Benz DB 601. Construit en 1939 par Erla Maschinenwerk GmbH avec le numéro de série 1983, ce Bf 109E-4 a servi au sein de la 5. Staffel du Jagdgeschwader 5 avant d’être perdu le 24 janvier 1942 près de Mourmansk lors d’un combat contre des Hawker Hurricane soviétiques. L’épave a été récupérée en 1993 à Titovka, puis restaurée entre le Royaume-Uni et la Bavière. Il est aujourd’hui le seul Bf 109E original en état de vol au monde. Propriété de Wolfgang Landschulze, il est basé sur l’aérodrome de Lachen-Speyerdorf.
Le Spitfire Mk IX LZ842, piloté par Dan Griffith, a effectué à La Ferté-Alais sa première apparition en France. Construit en 1943, il a débuté sa carrière en Méditerranée, servant à Malte et en Sicile, avant d’escorter des raids sur l’Italie et de rejoindre le No 327 (French) Squadron de la Royal Air Force avant de servir après-guerre en Afrique du Sud. Récupéré par le musée de la SAAF en 1978, il a été acquis par Peter Monk en 2003 puis restauré par le Biggin Hill Heritage Hangar. Remis en vol en 2021, il porte aujourd’hui les couleurs du No 232 Squadron sous le code EF-F. Il est le seul Spitfire en état de vol équipé d’un Rolls-Royce Merlin 63 et d’un réservoir d’eau pour le pilote, adaptation propre aux appareils opérant sous les climats chauds.
La bataille de France a été évoquée avec le D-3801 HB-RCF, piloté par Laurent Calame, seul exemplaire en état de vol de la famille MS.406 dans le monde. Construit en 1942 en Suisse sous licence par EFW, il est exploité par l’association Morane Charlie Fox. Depuis l’Air Legend 2025 à Melun-Villaroche, il vole aux couleurs du MS.405 de Constantin Rozanoff, officier de l’Armée de l’Air qui commanda le Groupe de Chasse II/4 pendant la bataille de France avant de devenir directeur des essais en vol chez Dassault, où il fut l’un des premiers Français à franchir le mur du son.
- Photo © Damien Defever pour LEB
- Photo © Damien Defever pour LEB
Présent sur tous les fronts, le DC-3 est l’avion de transport emblématique de la Seconde Guerre mondiale. Deux Dak étaient présents sur le plateau de La Ferté-Alais. Le Gruesome, appartenant au Musée Aéronautique de Bretagne, a assuré le largage des parachutistes tandis que le F-AZOX de l’association Un Dakota sur la Normandie a démontré toutes les qualités de vol du célèbre bimoteur de Douglas, avant une présentation commune en formation.
- Photo © Damien Defever pour LEB
- Photo © Damien Defever pour LEB
- Photo © Damien Defever pour LEB
L’Avro Anson Mk I K6183, piloté par un équipage en tenue d’époque, a lui aussi effectué sa première présentation en France. Unique exemplaire encore en état de vol de son type dans le monde, il a été construit en 1943 et a servi d’abord au sein de la Royal Australian Air Force avant d’être retiré du service en 1952. Vendu à un propriétaire privé, il a connu plusieurs vies successives avant de passer entre les mains de Bill et Robyn Reid en Nouvelle-Zélande, qui ont achevé sa restauration en 2012. En 2024, il a été acquis par le groupe de collectionneurs tchèque RAF Station Czechoslovakia, démonté et transporté depuis la Nouvelle-Zélande jusqu’en Belgique, où il a été réassemblé et remis en vol avant de rejoindre sa nouvelle base.
Le Tora Tora Tora est resté une tradition du meeting, rendez-vous incontournable de chaque édition. Ses douze T-6 ont reconstitué l’attaque de Pearl Harbor avec une mise en scène soignée, ses survols à basse altitude et ses effets pyrotechniques au sol faisant toujours leur effet auprès du public.
La séquence Vietnam est un classique du meeting. Le Bronco du Musée Européen de l’Aviation de Chasse de Montélimar jouait le rôle du contrôleur aérien avancé, guidant les deux T-28 dans une reconstitution des missions d’appui au sol menées dans la jungle sud-est asiatique. Un Écureuil complétait le tableau dans le rôle de l’hélicoptère de sauvetage des pilotes abattus.
Les Casques Rouges et leurs trois TB-30 Epsilon nous ont rappelé l’époque de l’équipe de présentation de l’Armée de l’Air, les Cartouche Doré. De façon originale, la particularité de cette nouvelle patrouille est de changer trois fois de leader au cours de la présentation. Force est de constater que les Casques Rouges soutiennent largement la comparaison avec leurs aînés..
Danielle et Emiliano Del Buono ont enflammé le public avec leur Boeing Stearman PT-13D de 1943, Danielle grimpant sur l’aile supérieure une fois en l’air, souriant et saluant le public pendant qu’Emiliano enchaînait boucles et tonneaux, renouant avec l’esprit du cirque volant des années 1920.
La patrouille de l’Aéroclub de France a rejoint les Fouga Magister CM-170 de la Patrouille Tranchant pour un passage en formation à huit appareils.
Le meeting s’est conclu par un grand Balbo de biplans. Pendant que les dix-neuf appareils, Stampe, Bücker et Pitts se rassemblaient progressivement dans le ciel, Edmond Salis jouait le rôle du Joker en enchaînant les figures de voltige à bord de son Bücker Jungmann.
La 53eme édition efface le mauvais souvenir de 2025 et ses 20 000 spectateurs sous la pluie. Avec près de 30 000 * visiteurs et une météo enfin favorable, le retour en force du public récompense le travail des bénévoles de l’AJBS. Une réussite d’autant plus importante que le meeting contribue directement à l’entretien et à la conservation des avions de l’Amicale Jean-Baptiste Salis. Rendez-vous en 2027 pour la 54e édition !
*chiffres non confirmés pour le moment par l’organisateur au moment de la publication de cet article.











2 Commentaires
Merci pour ce reportage ! Et bravo au photographe !
Le DC3 F-AZOX ne pourrait-il pas avoir une peinture plus authentique et plus guerrière ? Avec nose-art…
Merci pour ces superbes photos !
Le Temps des Hélices 2026 aura été je crois remarquable cette année , avec un programme magnifique et une météo idéale …