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Oct 18 2011

Hommage à la chasse française de 1940 (2ème partie)

Historique

S’il eut l’honneur d’avoir été le premier avion de chasse français moderne, le Morane-Saulnier M.S. 406 fut en réalité un curieux mélange de solutions anciennes et nouvelles.

Il avait un train d’atterrissage rétractable et un cockpit fermé. Il répondait à la formule moderne du monoplan à ailes basses mais conservait certaines caractéristiques dépassées, dont un empennage horizontal contreventé, un patin de queue et une structure largement entoilée. Néanmoins le M.S. 406 était numériquement le chasseur le plus important de la chasse française au moment de l’attaque allemande du 10 mai 1940.

Il fut construit dès 1937 par la firme Morane-Saulnier à Puteaux et la Société Nationale de Constructions Aéronautiques de l’Ouest à Nantes, mais la fabrication du moteur Hispano-Suiza ayant pris du retard, les premiers avions de série ne furent livrés qu’en 1939.

Le 10 mai 1940, dix Groupes de Chasse étaient équipés de M.S. 406. Au moment de l’Armistice, 1098 exemplaires avaient été fournis à l’Armée de l’Air. Il eut aussi un certain succès à l’exportation, notamment vers la Finlande, la Turquie et la Suisse.

Une version suisse plus performante fut construite sous licence et certains avions finlandais furent rééquipés de moteurs russes.

 

Les Morane-Saulnier 406 en Suisse

Parmi ces utilisateurs étrangers, les Troupes d’Aviation Suisses achetèrent deux exemplaires en 1938 pour les évaluer, dans l’intention d’en faire fabriquer d’autres chez elle, sous licence. Ainsi à l’automne 1940, 80 M.S. 406 avaient été construits en Suisse par la société EKW sous la désignation de D-3800, avec le moteur Hispano Suiza 12 Y-31 (d’origine) et quelques modifications comme le remplacement de la béquille par une roulette.

Puis, de 1940 à 1948, 207 D-3801 furent construits dans quatre usines différentes, avec un moteur plus puissant Hispano Suiza 12 Y-51 construit sous licence par Saurer), un nouveau circuit de refroidissement à radiateur fixe et une hélice tripale à vitesse constante.

Jusqu’à l’arrivée des P-51 Mustang puis des de Havilland Vampire à réaction, les D-3801 formèrent le gros des escadres de surveillance suisses. Ensuite, ils furent déclassés au rang d’avions d’appui avant d’être retirés du service en 1959 et presque tous ferraillés. Presque…

 

L’unique M.S. 406 (D-3801) en état de vol

Presque, car l’exemplaire immatriculé J-277 fut donné au Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget et le J-276 resta lui en Suisse, allant lentement pourrir sur la pelouse de la piscine de Saint-Imier.

C’est celui-là que convoita en 1963 le pilote Suisse Hansruedi Dubler. Mais ce qui était devenu une très lamentable épave fut récupérée et restaurée par le Musée des Troupes d’Aviation Suisse de Dübendorf.

Frustré, Dubler continua à chercher et peu à peu retrouva des morceaux de trois autres D-3801 (le fuselage du D-3800 J-84, les ailes du D-3801 J-276 et d’autres débris du J-143). Il les entreposa près de Winterthur dans une grange où ils firent, en attendant, le bonheur d’un collectif de gallinacés.

Pendant ce temps, Max Vogelsang, charpentier de métier et restaurateur d’avion par passion, entretenait avec son ami le regretté Christian Schweizer le rêve de voler un jour dans un Morane-Saulnier 406. Avec Peter Zweifel, mécanicien d’avion également passionné de Morane, ce rêve trouva un début de réalisation au début des années 1980, par l’acquisition d’un moteur Hispano-Suiza.

Finalement c’est en 1994 que Peter, Max et Hansruedi sautèrent le pas en s’associant ; ils créèrent le Swiss Morane Club, pour remettre le D-3801 (MS-406) en état de vol.

Beaucoup de pièces manquaient cependant ainsi que toute la documentation technique. Cette dernière fut généreusement fournie par le Musée des Troupes d’Aviation Suisse de Dübendorf, premier supporter de la nouvelle équipe. Les pièces absentes purent ainsi être refaites. D’autres furent dénichées chez le ferrailleur qui cassa tous les Moranes suisses lorsqu’ils furent démobilisés. Elles n’étaient pas toujours dans un état satisfaisant mais purent au moins servir de modèle pour la fabrication de pièces neuves.

Au printemps 2000, après 10 000 heures de travail, le M.S. 406 D-3801 restauré fut peint dans ses couleurs originales des Troupes d’Aviation Suisse. Le premier vol se déroula sans incident le 9 juin 2000. Les trois associés ont depuis revendu leur avion à l’Association Suisse Morane Charlie Fox, et celui-ci a été repeint aux couleurs d’un Morane 406 de l’Armée de l’Air.

 

La décoration d’une pièce unique

Immatriculé HB-RCF, il est basé a Bex et porte les couleurs du Morane 406 matricule N458, le n°138, qui était piloté durant le mois de mai 1940 par le Commandant Marcel Coadou, Commandant en second du Groupe de Chasse 1/2 Cigognes.

Le Commandant Coadou, as de la première guerre mondiale crédité de neufs victoires, fut d’ailleurs le créateur du premier aérodrome de Nord-Bretagne, sur la plage de Saint-Michel-en-Grève en 1931.

 

La tradition de peindre une bande tricolore, qui distinguait les as du premier conflit, a été reprise sur le M.S. 406.

L’avion du Commandant Coadou provenait de « l’Escadrille de France ». Il avait été financé par une souscription nationale par chaque département. Les appareils ainsi financés équipèrent les Groupes de Chasse 1/7 et 1/2.

Qui était Marcel Coadou ?

Né le 7 février 1897, décédé le 22 octobre 1985, crédité de 9 victoires confirmées, Marcel Coadou fut breveté pilote en 1915. La même année, âgé de 18 ans, il s’engagea. Il fut tout d’abord affecté à la reconnaissance aérienne puis à la chasse, notamment à la SPA 88 sur SPAD. Il fut décoré de la légion d’honneur à 21 ans. En 1923, il vola pour la compagnie franco-roumaine sur Prague et Varsovie. Passionné d’aviation, il donna des leçons de pilotage et effectua des baptêmes de l’air.

Avant la Seconde Guerre Mondiale, il réintégra l’aviation comme volontaire. Il participa aux combats en qualité de commandant en second dans l’escadrille des Cigognes, remplaçant du Cdt Daru. Après 1940, il rejoignit la Résistance. La guerre terminée, il forma plusieurs centaines de pilotes.

Photos et textes (C) Olivier

(5 commentaires)

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  1. Bertrand Brown

    Encore un bel article, Olivier! Merci! 🙂

  2. bastide

    Bravo Olivier
    je suis ému de voir cette article si bien fait sur le Morane 406
    christophe

  3. Delfino B.

    Bravo Didier ! Excellent comme d’habitude 🙂

  4. Delfino B.

    Heuuuu… Je voulais dire olivier bien sûr ! 🙂

  5. Francis léré

    heureux de trouver ce genre de document sur ce site et autant de passionnée, vivement celui du dewoitine 520.

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